Colloque Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche, de la prise de conscience à la prise en charge

Ce colloque s’inscrit dans la lutte pour l’égalité femmes/hommes.
Rachida Lemmaghti, conférence permanente des chargé.e.s de missionégalité/diversité dans l’ESR (CPED) et Hélène Marquié, association nationale desétudes féministes (ANEF) et CPED, introduisent ce colloque.
Christine Clerici, présidente de l’université Paris Diderot prend la parole et ouvre defaçon solennelle cette manifestation internationale. Il est fait mention du nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes etdes différents dispositifs de prise en charge et de prévention qui existent en Francedepuis 2017.
A l’université Paris Diderot, il y a une double porte d’entrée pour les victimes : elles ont la possibilité de choisir entre une prise en charge en interne de l’université ou peuvent préférer une écoute externalisée.
La banalisation des violences sexistes est plus marquée au sein de la composantesanté de l’université Paris Diderot.
Afin de sensibiliser les étudiant.e.s aux violences à caractère sexuel, un guide leur estdonné et une campagne d’affichage sur le harcèlement sexuel et les agressionssexuelles a été réalisée.
Il est important de savoir que le harcèlement sexuel est un délit pénal, tout comme l’agression sexuelle.
Les associations féministes ont été le fer de lance de la lutte contre les violences à l’égard des femmes.

Historique de la prise en charge du harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche :

Intervention de Erika Flahaut, ANEF

L’enseignement supérieur et la recherche est-il un milieu à part ? Est-il un cas particulier, imperméable à l’avancée juridique ? Les violences sexistes et sexuelles dans l’ESR sont peu documentées et peu combattues. Importance des associations pour la lutte contre ces violences dans l’ESR : comme l’Association nationale des études féministes (l’Anef) et le Collectif de lutte anti-sexiste contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur (le Clasches).
Il existe aujourd’hui des préjugés misérabilistes, des agresseurs qui agissent en toute impunité et des victimes qui hésitent à parler et à porter plainte, peur de ne pas être crues. Au sein des universités, les victimes ne peuvent pas saisir directement la section disciplinaire. Il faut passer par le président de l’université. C’est une des revendications du Clasches, qui souhaite notamment que la saisie de cette section puisse se faire directement par les victimes (ou survivantes). Les revendications du Clasches ont été relayées par l’Anef. En 2014, il y a eu la parution du livre blanc. En 2011, la CPED fut créée.

Intervention de Rachida Lemmaghti, CPED :

Deux vade-mecum (édition 2015 et édition 2017) sont parus grâce aux efforts combinés de l’Anef, du Clasches et de la Cped.
Loi Fioraso en 2013.
Importance de l’enquête Virage dans la prévention et la lutte contre les violences faites aux femmes.
Force est constater que les violences sexistes et sexuelles s’enracinent dans plusieurs rapports de pouvoir.

Conférence plénière n°1 :

Présidence : Claudine Hermann, présidente de EPWS et Colette Guillopé, femmes et mathématiques et de la CPED

Intervenante : Gunilla Carstensen, sociologue, Dalarna Université, Suède

Thème : Sexual harassment, ambiguities and grey-zones in Sweden

Obligation d’avoir une politique et des actionspour lutter contre le harcèlement sexuel.
D’après les témoignages d’agressions sexuelles, les femmes sont davantage sujettes au harcèlement sexuel. Ce dernier est souvent défini comme un problème caché. Il existe une ambiguïté conceptuelle et une absence de clarté entre la victime et l’appréciation juridique. Zone grise dans l’égalité des genres. Donc les comportements problématiques dans l’ESR semblent normaux.
Définition objective et définition subjective du harcèlement sexuel. Il n’y a pas de définition unique et universelle du harcèlement sexuel. Mais ce qu’il y a de commun, c’est le comportement non désiré de la victime. La victime doit percevoir l’acte comme indésirable.
En fonction de la perception de la victime, le concept de harcèlement sexuel peut se classer de différentes façons. Si la victime potentielle n’interprète pas l’acte comme du harcèlement sexuel, on ne le qualifiera pas comme du harcèlement sexuel. La victime supposée doit être considérée comme étant une personne raisonnable.
Les études sur la prévalence du harcèlement sexuel présentent des résultats très différents. On essaie de minimiser ce qui a été vécu.
La question se pose de savoir pourquoi inclure l’interprétation subjective si le harcèlement sexuel est objectivement qualifié et reconnu ? Rien n’est du harcèlement sexuel s’il n’est pas perçu comme tel ?
Différents scenarii entre le scenario 1 dans lequel ni l’individu ni l’environnement ne perçoive l’acte comme étant du harcèlement sexuel et le scenario n°2 dans lequel l’individu et l’environnement considèrent l’acte comme du harcèlement sexuel. L’interprétation de la cible est importante quand elle est en conformité avec l’interprétation objective du harcèlement sexuel.
Même si des situations ne sont pas définies objectivement ni subjectivement comme du harcèlement sexuel, elles pourraient néanmoins affecter l’égalité hommes/femmes sur le lieu de travail.

Certains actes non désirés de violences sexuelles peuvent être minimisés. Que le comportement soit défini objectivement ou subjectivement, la zone grise existe et il peut y avoir différents degrés de « oui ». Chaque « oui » et chaque « non » dans le harcèlement sexuel peuvent être teintés de façon variable. La nature des liens entre les personnes est à regarder.
Certaines situations peuvent être considérées comme indésirables mais ne sont pas qualifiées de comportements de harcèlement sexuel.
Beaucoup de problèmes tendent à être individualisés.
Le harcèlement sexuel a été défini comme un problème de genre. Beaucoup de comportements problématiques et inconvenables sont relégués dans la zone grise. Le risque est la banalisation et la passivité légitimée.

Intervenante : Ruth Lewis, sociologue, Université de Northumbria, Grande-Bretagne
Thème : Collective approaches to tackling gender based violence in universities

Alors que le militantisme existe depuis les années 80 aux Etats-Unis et au Canada, cela ne fait que depuis dix ans que le Royaume-Uni commence à porter attention aux violences sexuelles dans le milieu universitaire. La première étude s’intéresse aux femmes harcelées, ayant subi des violences et du harcèlement sexuel. La méthode utilisée est celle de questionnaires en ligne distribués par courriel, Facebook. Deux milles réponses ont été obtenues. Les questions portent sur le harcèlement sexuel, les violences physiques et sexuelles que les personnes interrogées auraient pu subir quand elles étaient étudiant.e.s. La plupart des questions est à choix multiples et certaines questions sont ouvertes. Les résultats obtenus ont permis de dire qu’une femme sur sept a eu une expérience d’agression sexuelle quand elle était étudiante ; que 68% ont subi du harcèlement sexuel et que 84% des auteurs sont connus des victimes.
La seconde étude porte le nom de « Lad Culture » et s’intéresse à la mentalité de groupe parmi les hommes et parfois parmi les femmes. Elle a été réalisée par le syndicat national des étudiant.e.s. Elle est considérée comme une petite enquête qualitative. Les résultats soulignent que la « Lad Culture » est un aspect social de la vie universitaire. Une minorité d’hommes s’engage dans ces comportements et ne l’ont pas tout le temps.
Les différentes études au Royaume-Uni ont souligné que les étudiant.e.s ne savent pas à qui s’adresser quand il y a des agressions ; que peu de soutien est apporté aux victimes et aux survivantes et qu’il y a une véritable absence d’action pour protéger ces violences.
Il apparaît donc nécessaire de changer les cultures en répondant à ces violences et en les prévenant. Les universités échouent et n’arrivent pas à s’attaquer à ces formes de violences sexuelles.
Le gouvernement au Royaume-Uni a demandé d’effectuer des enquêtes sur ces violences sexuelles dans les universités. En 2016, le rapport « changer la culture » a été publié et des recommandations ont été faites.
Dans les universités, les leaders doivent s’attaquer aux violences sexuelles par différentes actions, comme par exemple :
– former toute la population à reconnaître qu’il y a des violences et comment intervenir
–  former le personnel
– améliorer le système de déclaration
– tenir une conférence annuelle pour parler des meilleures pratiques
Les étudiantes et les militantes ont beaucoup fait pour faire modifier les mentalités. Il y a eu des changements grâce aux activistes qui poussent le gouvernement. Certaines violences envers les femmes dans les universités font partie d’un continuum et ses expressions sont devenus banales. Les comportements de violences sont renforcés par la hiérarchie de genre. Grâce aux interventions féministes, on reconnaît la dimension de genre dans ces comportements de violences.
Les étudiant.e.s rechignent à nommer ces violences de sexuelles. On en sait moins sur les violences homophobes. Il est nécessaire d’avoir un puzzle d’interventions contre les violences sexistes et
sexuelles. Il faut qu’il y ait des politiques institutionnelles et nationales ; c’est ce qui manque beaucoup au Royaume-Uni. Il faut de la prévention. Il faut différents intervenant.e.s et réfléchir aux approches à avoir.
Lors des débats qui ont suivi cette première session plénière, un point important à
noter est que les plus hauts responsables des universités doivent être impliqués dans
la prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Une fois les débats terminés, le projet européen TRIGGER nous a été présenté par Giovanna Declich, ASDO et projet européen TRIGGER ainsi que par Sophie Lhenry et Rachida Lemmaghti, pôle égalité femmes hommes de l’université paris Diderot et projet européen TRIGGER.

Thème : Politiques égalité et harcèlement sexuel : résistances et leviers, leçons tirées de l’expérience du projet européen TRIGGER

Il a commencé en 2014 et se termine le 31 décembre 2017. Il s’agit d’un consortium de partenaires (Italie, Tchécoslovaquie, Royaume-Uni, France et Espagne).
Dans la présentation de Sophie Lhenry, il a été dit que le harcèlement sexuel doit être traité de manière transversale. Il est précisé qu’il est nécessaire d’inscrire un dispositif de lutte contre le harcèlement sexuel dans la politique égalité femmes/hommes d’un établissement d’enseignement supérieur. Il est souligné l’importance d’impliquer l’ensemble de la communauté universitaire.
Les différentes informations de ce projet TRIGGER se retrouvent sur www.triggerproject.eu
Deux autres sites sont également cités : https://universite.univ-parisdiderot.
fr/structures/pole-egalite-femmes-hommes et www.aqdo-info.org

Lors du débat qui a suivi, il est dit que la victime peut demander des mesures conservatoires même si la procédure disciplinaire ne s’est pas prononcée. Il est rappelé que règlementairement, la procédure disciplinaire dure au maximum deux mois pour obtenir une réponse.
Lors du débat, un point est fait sur la communication. L’ambition est de créer des liens avec le secondaire. Il est précisé enfin que les organisations étudiantes doivent signer une charte pour faire de la communication non sexiste.

Conférence plénière n°2 :

Présidence : Sylvie Cromer, ANEF et Elise Brunel, MESRI

Intervenante : Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Canada

Thème : Principaux résultats et impact de l’enquête ESSIMU au Québec (Enquête sexualité, sécurité et interaction en milieu universitaire)

La nécessité de mener une étude sur les violences sexuelles en milieu universitaire s’explique par le fait qu’avant ESSIMU, il n’y avait pas eu véritablement d’enquête et surtout pas d’une telle envergure. Il devenait urgent de documenter l’ampleur du problème. Pour cette enquête, 9284 personnes ont rempli un questionnaire.
Bien que surtout quantitatif, ce questionnaire laisse la place à quelques propos qualitatifs (récits).
Les résultats obtenus soulignent que les violences sont fréquentes et répétitives ; que les femmes sont plus ciblées par les violences que les hommes ; que ces violences touchent fortement les personnes à minorités de genre tout comme les personnes à minorités sexuelles ou en questionnement sur leur orientation sexuelle.
Dans cette enquête, le contexte a lui aussi été questionné. Les stratégies de prévention doivent cibler les bonnes cibles et les bons contextes. Un des résultats d’ESSIMU est de dire qu’une personne sur trois n’a jamais dévoilé et que dans 90% des cas, aucune dénonciation n’a été faite aux instances de l’université.
Plusieurs motifs existent et expliquent la non dénonciation. Pour certaines victimes, la situation n’était pas suffisamment grave pour la signaler (78%).
ESSIMU souligne le rôle important que les confident.e.s ou les témoins ont à jouer dans le soutien des victimes. Les principales limites méthodologiques d’ESSIMU sont liées à la composition de l’échantillon. On constate en effet un taux de réponses faible pour certains groupes.
L’échantillon ne comprend pas non plus les ex étudiant.e.s.
Au Québec en 2017, certains propos peuvent être contrecarrer grâce à ESSIMU et il n’est plus possible aujourd’hui de dire que le harcèlement sexuel et les violences sexuelles en milieu universitaire sont des cas isolés.
La Ministre de l’Enseignement Supérieur du Québec, Madame Hélène David, est très efficace dans la prévention et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche. Des moyens financiers importants et sans précédent sont engagés. Il y a donc beaucoup d’espoir au Québec.

Intervenantes : Alice Debauche, socilogue, Université de Strasbourg et Zahia Ouadah-Bedidi, démographe, Université Paris Diderot

Thème : Enquêter les violences vécues par les étudiant.e.s : une double approche (enquête violences et rapport de genre)

Grâce aux mouvements féministes dans les années 1970, les violences contre les femmes ont pu rentrer dans le débat public.
L’enquête ENVEFF-2000 a permis une approche scientifique. L’enquête VIRAGE est une enquête nationale avec un volet « universités ». Des femmes et des hommes ont été interrogés. Pour son volet principal, de février à novembre 2015, 27000 personnes ont été interrogées (soit 15000 femmes et 12000 hommes). Trois volets complémentaires ont été réalisés sur internet : VIRAGE LGBT, VIRAGE associations et VIRAGE Universités (en direction des étudiant.e.s).
Concernant VIRAGE Universités, quatre universités ont participé (Paris Diderot en 2014, Paris 1 en 2015, Bretagne Occidentale en 2016 et Strasbourg en 2016).

Intervention de Zahia Ouadah-Bedidi
Le module « Etudes »
Le questionnaire a compté plus de trois cent questions. Les questions n’utilisent jamais le terme « violence » et seuls les faits et les actes sont interrogés. Les questions s’organisent autour de trois blocs : les violences psychologiques, les violences physiques et les violences sexuelles.
Il est précisé que l’analyse des violences pour les universités est en cours.
Deux sites sont communiqués : https://www.ined.fr et https://virage.site.ined.fr/
Après la pause déjeuner, Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, a fait un discours qui a commencé par un hommage à Françoise Héritier. L’après-midi, plusieurs ateliers sur les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche se sont déroulés en parallèle.

J’ai assisté à celui intitulé « Enquêter sur les violences sexistes et sexuelles dans son établissement ».
Coordination : Sylvie Cromer et Catherine Marry, ANEF
Objectifs opérationnels : Analyser les modalités des enquêtes existantes en France et à l’étranger. Réfléchir aux possibilités de réplication et de mutualisation
Intervenant-es :
Manon Bergeron, Université du Québec à Montréal : Enquête Sexualité Sécurité
Interactions en Milieu Universitaire Québec, Essimu
Elisabeth Brown, Université de Paris 1 ; Alice Debauche, Université de Strasbourg ;
Arlette Gautier et Pierre-Guillaume Prigent, Université de Bretagne Ouest ; Zahia
Ouadah-Bedidi, Université Paris Diderot : Enquête Violence et Rapports de Genre,
Virage Université
Pascal Tisserant, Université de Lorraine et Joël Kaddour, docteur en psychologie :
Enquête sur la perception des violences sexuelles et des discriminations
Yves Raibaud, Université de Bordeaux Montaigne et Jane Sadran, IEP de Bordeaux :
Lutte contre le sentiment d’insécurité des étudiantes sur les campus universitaires
L’atelier 2 : Repérer le harcèlement sexuel
L’atelier 3 : Sensibiliser les membres de la communauté
L’atelier 4 : Mettre en place un dispositif

Catherine Raban

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